Lorsque le scandale Plantin éclate à Lyon, en avril 1999, plusieurs
professeurs sont accusés de complaisances avec l’extrême
droite. Parmi eux, Régis Ladous, directeur de la
maîtrise de Jean Plantin, se défend, en rappelant la
tribune libre qu’il avait cosignée dans le Monde, le 9
avril 1999, condamnant le révisionnisme. Le professeur
Ladous bénéficia d’ailleurs du soutien d’universitaires
réputés (1) mettant judicieusement en garde contre les
amalgames et les chasses aux sorcières. Ils accordaient
leur soutien " à la personne et au travail scientifique
" du professeur Ladous, qu’ils disaient " tous " savoir
" étranger au monde sectaire du négationnisme ".
Ce qu’ils ignoraient sans doute, c’est que
Régis Ladous est l’un des responsables du CESNUR (Centre
d’études des nouvelles religions), passerelle entre les
sectes les plus dangereuses et les droites extrêmes dans
le monde. Plusieurs documents internes du CESNUR
présentent Régis Ladous comme membre de son " Boarding
of Directors ". Pour le CESNUR, les sectes ne sont que
de " nouveaux mouvements religieux " qu’il convient de
protéger contre les méfaits du laïcisme et des
législations qui limitent leur pouvoir de nuisance.
Créé en 1988 à Turin par l’avocat Massimo
Introvigné, il s’est illustré en France par ses
interventions systématiques en faveur des sectes
traduites en justice : Témoins de Jéhova,
Scientologie, Ordre du Temple solaire, etc.
Moon, secte AUM (responsable d’un attentat
meurtrier dans le métro de Tokyo en 1995), toutes les
sectes savent pouvoir compter sur le CESNUR. Même
l’incroyable Société transylvanienne Dracula, dont
Massimo Introvigné est le correspondant italien. Logique
retour des choses, le CESNUR bénéficie d’aides très
concrètes de ces organisations sectaires, pour des
voyages et des " études ".
Massimo Introvigne n’a jamais nié ses
liens avec Tradition-Famille-Propriété, une secte
brésilienne dévouée aux grands propriétaires, hostile au
communisme et à toute réforme agraire. Introvigne
entretient, via le CESNUR, des relations avec Alleanza
nazionale, l’ex-MSI, le parti néo-fasciste italien. Et
avec la Fondation Nova Res Publica de Sylvio Berlusconi.
Quant aux liens entre Massimo Introvigne et Régis
Ladous, ils sont tels que le professeur lyonnais a
respectueusement dédicacé un de ses livres au fondateur
du CESNUR.
Au moment où Plantin débutait sa carrière
d’éditeur révisionniste, Lyon accueillait, du 6 au 8
avril 1992, " Le défi magique ", un colloque coorganisé
par l’université Lyon 2 et... le CESNUR. Régis n’y est
pas intervenu en tant que dirigeant du CESNUR, mais en
qualité de professeur à Lyon 3. Parmi les autres
intervenants, l’inévitable Massimo Introvigne, Bruno
Gelas, président de Lyon 3, et plusieurs figures
emblématiques du CESNUR. Parmi elles, Christian Bouchet,
figure notoire de l’extrême droite paganiste et
néonazie, pilier de l’Ordre du Temple d’Orient, une
secte tournée vers le satanisme, la magie sexuelle et le
fascisme, par haine du judéo-christianisme. Bouchet a
fondé, en 1998, Unité radicale, fusion de groupuscules
fascisants (dont le GUD et Jeune Résistance) qui prônait
un soutien actif au Front national. Bouchet est aussi le
promoteur des groupes musicaux qui polluent, par leurs
idées pro-nazies, le hard-rock. Autre pilier du CESNUR,
Jean-François Mayer, ancien activiste d’extrême droite
en France, diplômé à Lyon 3 et aujourd’hui professeur à
Fribourg en Suisse.
Le CESNUR fonctionne comme un trait
d’union entre les sectes et l’extrême droite, à partir
ses bases universitaires. À Lyon, mais aussi à Paris. Le
président du CESNUR-France, Antoine Faivre, se trouve
être professeur à l’École pratique des hautes études en
sciences religieuses, à la Sorbonne. Tout ce petit monde
se connaît, se coopte, s’édite et s’entraide. Ainsi
l’activiste Christian Bouchet est-il devenu docteur en
ethnologie, en 1994, après avoir soutenu une thèse
dirigée par Robert Amadou, professeur à Paris 7,
chroniqueur dans l’Originel, une feuille ésotérique dans
laquelle sévissent Introvigné et... Christian Bouchet.
Régis Ladous est édité, entre autres, par Jean-François
Mayer.
Nous n’avons pas pu obtenir de
commentaires du professeur Ladous à ce sujet, mais son
collègue lyonnais François Laplantine, coorganisateur du
colloque de Lyon, nous a déclaré : " Nous avons
cessé toute relation avec le CESNUR en 1992, quand on
s’est aperçu, après coup, de leur orientation
idéologique. Quand on a compris qui " ils " étaient,
toute relation devenait impossible. " Dans un tel
contexte, l’obtention d’une maîtrise par l’étudiant
révisionniste Plantin peut difficilement être qualifiée
de détail de l’histoire universitaire.
Serge Garde
1) Maurice Agulhon, Marc Ferro,
Pierre-André Taguieff, etc.